L’impitoyable procureur Mornet – 19/07/2016 – La Nouvelle République Indre

Post By RelatedRelated Post

Un article paru ce jour 19 juillet 2016, dans le quotidien La Nouvelle République présente le parcours de M Mornet, procureur de la République, ayant vécu à Nohant-Vic, dans le bourg de Vic, et étant enterré au cimetière de Vic.
Voici cet article :

 

Natif de La Châtre, André Mornet est mort à Vic, où il est enterré, en 1955. Cet enfant de l’Indre a mis ses talents au service de l’accusation publique. Il a condamné à mort Mata-Hari et Philippe Pétain.

Détestable ou formidable, suivant les opinions et les époques, André Mornet a été le magistrat le plus célèbre de la première moitié du XXe siècle. C’est lui qui a condamné la pseudo-espionne Mata-Hari à mort en 1917. Vingt-huit ans plus tard, il réclamait à nouveau la peine capitale pour le maréchal Pétain, héros de Verdun et chantre de la collaboration avec les Allemands pendant la seconde guerre mondiale.

Le portrait contrasté ne serait pas complet sans évoquer la réhabilitation, en 1925, du premier fusillé de l’Indre de la Grande Guerre, Abel Garçault. Incontournable, vraiment, André Mornet…Son père décède quand il a deux ans. Né à La Châtre en 1870, le jeune Mornet passe une partie de son enfance chez un grand-père révolutionnaire qui est installé en tant que menuisier à Levroux. André s’installe ensuite avec sa mère à Paris pour y poursuivre ses études de droit. Le garçon est brillant et fin orateur. Il a aussi la réputation d’être un sacré « fayot » suivant l’expression moderne et consacrée. Cette propension à bien servir les différents pouvoirs en place lui vaut de monter rapidement les échelons de la magistrature.

On le retrouve substitut du procureur général en 1912. Mobilisé à 45 ans, il enverra de nombreux jeunes soldats devant le peloton d’expédition. Sa traque implacable des « traîtres à la patrie » va donc aussi le conduire à condamner Mata-Hari. « Plus demi-mondaine qu’espionne avérée », suivant l’expression de Léandre Boizeau qui a consacré un article à Mornet dans La Bouinotte, Mata-Hari n’a droit qu’à un procès expéditif et à des semblants de preuve. Qu’importe, justice a été faite… Avocat général à la Cour de cassation en 1922, André Mornet tient alors son bâton de maréchal. Il fait valoir ses droits à la retraite en 1940, juste à temps pour éviter le serment de fidélité à Pétain, tout en participant à une indigne commission d’épuration des naturalisés de fraîche date. Ainsi, lorsqu’en 1945, on cherchera un magistrat n’ayant pas prêté le fameux serment, le nom de Mornet s’imposera. Son réquisitoire au nom de la « haine sacrée » contre cet autre illustre ancien de 14-18, est resté aussi célèbre que controversé. Pétain, condamné à mort puis gracié par le général de Gaulle, est envoyé à l’île d’Yeu. André Mornet peut enfin quitter le devant de la scène. Il partage alors sa vie entre le quartier du Jardin des plantes et Vic, où il a une maison. C’est là qu’il décède, le 22 juillet 1955, avant d’être enterré dans le petit cimetière de la commune. Le temps a fait son œuvre et son nom est presque effacé sur la pierre tombale austère qui lui sert de dernière demeure. Étrange paradoxe : anonyme pour l’éternité, André Mornet a pourtant été l’un des Français les plus honni ou admiré de son vivant.

 

 

Emmanuel Robin

Laisser un commentaire

Email (celle-ci ne sera pas publié)

6 + 2 =

ABONNEZ-VOUS AUX ALERTES !
Vous souhaitez être alerté lorsqu'un nouvel article
est mis en ligne
Alors laissez ici votre adresse email